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 La plume d'ange

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Anonymou
Invité



MessageSujet: La plume d'ange   Dim 15 Juil 2007, 22:03

Vous voyez cette plume ? Eh bien c'est une plume d'ange. Rassurez-vous. Je ne vous demande pas de me croire... Je ne vous le demande plus. Pourtant, écoutez encore une fois,une derniière fois mon histoire. Une nuit,je faisais un rêve désopilant, quand je fus réveillé par un frisson de l'air. J'ouvre les yeux. Que vois-je ?
Dans l'obscurité de la chambre, des myriades d'étincelles. Elles s'en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit.
Rapidement, de l'accumulation de ces flocons aimants et phosphorescents, un corps se constituait. Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire, avec de grandes ailes de lait.
Comme une flèche d'un carquois de son épaule il tire une plume, il me la tend, il me dit :
- c'est une plume d'ange. Montre la autour de toi, je te la donne. Qu'un seul humain te croie et ce monde malheureux s'ouvrira au monde de la joie. Qu'un seul humain te croie avec ta plume d'ange. Adieu et souviens-toi : la foi est plus belle que Dieu.
Et l'ange disparut laissant la plume entre mes doigts.
Dans le noir, je restais longtemps, illuminé, grelottant d'extase, lissant la plume, la respirant.
En ce temps là je vivais pour les seins somptueux d'une passion néfaste.
J'allume, je la réveille et lui dit :
- Mon amour regarde, regarde cette plume. Un ange vient de me la donner, c'est une plume d'ange.
Tu sais à quel point je suis incapable de mensonge,de plaisanterie scabreuse. Mon amour, il faut que tu me croies. Crois-moi et le monde est sauvé.
La belle, le visage obscurci de cheveux, d'araignées de sommeil me répondit :
- Fous-moi la paix. Je voudrais dormir. Et arrête de fumer ton satané Népal.
Elle me tourne le dos et merde !
Au petit matin, le filais parmi les nègres des poubelles et les pigeons chez mon ami le plus sûr.
Je montrais ma plume à l'Afrique, aux poubelles et bien sûr aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de considération admirative.
Je sonne. Voici mon ami André.
Posément, avec précision, je vidais mon sac biblique, mon oreiller céleste.
- Tu m'entends bien, André, qu'on me prenne au sérieux et l'humanité s'arrache à son orbite de malédiction guerroyante et funeste. A dégager. Finie la souffrance, débute la joie !
André se massait pensivement la tempe. Il me fit un sourire ému. M'entraîna dans la cusine devant un café et m'expliqua que moi, hypersensible, moi enclin au mysticisme, moi avais grand besooin d'aller me reposer... L'air de la campagne avec les oiseaux précisément, les vrais....
Je me retrouvais dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche.
Que dire, que faire ?
Monsieur l'agent, regardez, c'est une plume d'ange.
Il me croit.
Aussitôt les tonitruants troupeaux de bagnoles hargneuses s'aplatissent, des hommes radieux en sortent, auréolés de leurs volants et s'embrassent en sanglotant. Soyons sérieux.
Je marchais, je marchais, dévorant les visages. Celui-ci ? La petite dame ?
Et puis soudain, évidente, éclatante, l'idée m'envahit.
Abandonnons les hommes. Adressons-nous aux enfants Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu.
Les enfants oui, mais lesquels ?
Je marchais. Je marchais encore. Je ne regardais plus la gueule des passants hagards mais en moi des guirlandes de visages d'enfants, mes chéris, mes féeriques, mes crédules me souriaient.
Je marchais. Je volais. Le vent de mes pas feuilletait Paris.
Pages de pierres, de bitume, de pavés maintenant. Ceux de la rue saint Vincent. Les escaliers de Montmartre.
Je monte, je descends, et me fixe à la sortie d'une école, rue du Montcenis.
Quelques femmes attendaient la sortie des gosses.
Faussement paternel, j'attends moi aussi.
Ils débouchent de la maternelle par fraîches bouffées par bouillonnements bariolés. Mon regard papillonne de fimousses en minois, quêtant une révélation.
Sur le seuil de l'école une fillette s'est arrêtée. Dans la vive lumière d'avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un peu bridés, un peu chinois et se les frotte vigoureusement.
Puis elle reprend on cartable orange luisant, rebondi de mathématiques modernes.
Alors, j'ai suvi la boule brune et bouclée de sa tête, gravissant derrière elle les degrés de la Butte.
A quelques cents mètres, elle pénètre dans un immeuble.
Longtemps je suis resté là, me caressant les dents avec le bec de ma plume.
Le lendemain, je revins à la sortie de l'école et le surlendemain et les jours qui suivirent.
Elle s'appelait Fanny.
Mas je ne me décidais pas à l'aborder.
Et si je lui faisais peur avec ma bouche sèche, ma sueur sacrée, ma pâleur mortelle, vitale ? Alors, je me tue ? Je la bouffe ma plume ? Et je la plante dans le cul somptueux de ma passion néfaste . Et puis un jeudi... Je me suis dit je lui dis.
Les poumons du printemps exhalaient leur premièe haleine de peste paradisiaque. J'ai précipité mon pas. J'ai tendu ma main vers la tête frisée.
Au moment où j'allais l'atteindre, sur ma propre épaule, une pesante main s'est abattue. Je me retourne. Ils étaient deux. Ils empestaient le barreau.
- Suivez-nous.
Le commissariat. Vous les connaissez un peu. Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich, une couche de tabac, une couche de passage à tabac. Le commissariat était bon enfant. Il ne roulait pas les mécaniques, il roulait les R.
- Asseyez-vous. Il me semble vous avoir vu quelque part, vous. Alors, comme ça on suit les petites filles ?
- Quitte à passer pour un détraqué,je vais vous expliquer, monsieur, la véritable raison qui m'a fait m'approcher de cette enfant...
Je sors ma plume sainte de mes doigts tremblants et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme.
- C'est de l'oie, ça, me dit-il, de la colombe, peut-être. ça y est, j'ai trouvé : vous ressemblez à l'inspecteur Columbo !
- Monsieur, ce n'est pas de l'oie. C'est de l'ange vous dis-je !
- Admettons. Calmez-vous. Mais vous avouerez qu'une affirmation exige d'être appuyée par un minimum de preuves, d'enquête...
Vous allez patienter un instant. On va s'occuper de vous, gentiment hein ?
On s'est occupé de moi. Gentiment. Entre deux électrochocs, je me balade dans le parc de la cllinique psychiatrique où l'on m'héberge depuis un mois.
Parmi les siphonnés qui s'ébattent ou s'abattent plouf ! Sur les aimables gazons, il est un être qui me fascine.
C'est un veillard très beau.
Il se tient toujours immobile, hieratique,devant un cèdre du Liban. parfois, il se tait et me contemple en souriant. il sort des plis de sa robe de bure des noix, de grosses noix qu'il brise d'un seul coup dans sa paume, crac ! Pour me les offrir.
Parfois, il étend lentement les bras et semble psalmodier un texte secret, sacré.
J'ai fini par l'approcher, par lui adresser la parole.
Aujourd'hui, nous sommes amis. C'est un type surprenant, un savant, un poète.
Vous dire qu'il sait tout, a tout connu, appris, senti, perçu, percé, c'est peu dire. De sa barbe massive, un peu verte, aux poils épais et tordus, le verbe sort, calme et fruité, abreuvant un récit où toutes les mystiques, les musiques, les philosophies, les sciences humaines, les ésotérismes s'unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits éoilé de sa mémoire.
Dans ce puits de jouvence intellecuelle, soit, je descends, seau débordant de l'eau fraîche, et limpide de l'intelligence alliée à l'amour, je remonte.
Un jour où il me parle d'ornithologie comparée enrte Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l'écoute plus, un grand silence se fait en moi.
Mais cet homme dont l'ange t'a parlé, cet être humain qui va croire à ta plume, cet humain introuvable, eh bien, eh bien, oui, il est là ! Le voici ! Devant toi !
Sans hésiter, je sors ma plume.
Ses yeux mordorés lancent une étincelle. Il examine la plume avec une acuité qui me fait frémir de la tête aux pieds.
- Quel magnifique spécimen de plume d'ange vous avez là, ami !
- Alors... vous le savez, vous me croyez ?
- Mais parbleu, je vous crois ! Le tuyau légèrement cannelé, la nacrure des barbes, on ne peut s'y méprendre. Je puis même ajouter qu'il s'agit d'une penne d'angelus maliciosus.
- Mais alors, puisqu'il est dit qu'un homme me croyant le monde est sauvé...
- Je vous arrête, ami. Je ne suis pas un homme.
- Vous n'êtes pas un homme ?
- Nullement, je suis un noyer.
- Vous vous êtes noyé ?....
- Mais non je suis un noyer. L'arbre. Je suis un arbre.
Alors je sentis un frisson de l'air. Se détachant de la cime du grand cèdre, un oiseau est venu se poser sur l'épaule du vieillard.
Je crus reconnaître; miniaturisé, l'ange malicieux, qui m'avait visité.
L'oiseau, le vieillard et moi, tous les trois, nous avons ri, nous avons bien ri longtemps....
Le fou rire quoi !

Claude Nougaro
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Dim 15 Juil 2007, 22:05

J'adore, merci
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Laurent
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Lun 16 Juil 2007, 06:24

Merci Claude et Christine



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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Lun 16 Juil 2007, 12:32

Magnifique cette histoire...merci. flower
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Lun 22 Sep 2008, 12:24

Et bé..... sunny ...trop bien

Juste un p'ti clin d'oeil à notre amie Plume d'Ange....merci Anonymou
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Lun 22 Sep 2008, 12:32

merci anonymou
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Invité
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Lun 22 Sep 2008, 12:43

jolie texte!!!!

effectivement une plume d ange d ailleurs il y a peu ,je me gare pour aller au boulot et comme toujours je parle a mon ange et lui dit mais qu elle est ma voix???
pour me répondre tout le long du trajet ,il m a mis une plume ,une bonne vingtaine a intervalle regulier..
je l ai remercié et ai compris que ma voix c est a moi de la trouver en suivant la voix ,le chemin que me montre mon ange ...

bise
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Lun 22 Sep 2008, 12:54

Superbe roméa Very Happy
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Lun 22 Sep 2008, 12:57

C'est très joli
Merci I love you
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Jacqueline
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   Jeu 10 Avr 2014, 21:42

Que c'est beau.. Like a Star @ heaven  merci pour cette belle histoire écrite par Claude Nougaro..
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MessageSujet: Re: La plume d'ange   

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